éminaire général du PHisTeM 2015-2016 - « Fiction et croyance »

Publié le 27 octobre 2016 Mis à jour le 18 novembre 2016
Date(s)

du 13 mai 2015 au 3 juin 2016

Séminaire général du PHisTeM (animé par Matthieu Letourneux, Agathe Novak-Lechevalier et Alain Vaillant).

 « Fiction et croyance »

Face aux fictions de la littérature, du cinéma ou de la culture médiatique, nous en faisons tous l’expérience à la fois étrange et banale : le sentiment puissant d’empathie et d’émotion qu’elles suscitent en nous n’est nullement contrarié par des représentations que nous savons pourtant imaginaires. On admet alors, généralement, que notre réaction émotionnelle est déconnectée du jugement de réalité : nous ferions comme si c’était vrai, alors que nous savons que c’est faux. Mais cette conception est encore insuffisante : si nous savions, en toute certitude et avec la pleine adhésionde toutes nos capacités psychiques, que tout est faux, notre attention ne dépasserait pas l’intensité d’un intérêt distrait. En réalité, puisque nous nous laissons emporter par nos sentiments de lecteur ou de spectateur (par la crainte, le désir, la haine, la pitié, etc.), il faut supposer qu’il est une partie de notre psychisme, enfouie quelque part en nous, qui croit effectivement que l’histoire est vraie et qui nous fait réagir en fonction de cette conviction inconsciente. Notre attitude de consommateurs de productions culturelles (toutes formes et tous supports confondus) n’est alors pas éloignée de celle d’un croyant, qui tient pour vrais les dogmes ou les récits merveilleux de son culte.

Entre les deux pratiques culturelles (la religion et la fiction), il y a bien sûr une différence de degré considérable, qui inverse les proportions entre le vrai et faux. Mais, qualitativement, le processus est le même : toute notre culture de la fiction peut apparaître comme la forme laïcisée qu’a prise, à l’ère du consumérisme capitaliste, le sentiment religieux. En particulier, le régime médiatique qui est le nôtre depuis le XIXe siècle impose, exactement comme la religion, une relation médiate à la réalité, cette culture apparaissant désormais comme la seule manière d’accéder à un monde qui dépasse désormais très largement notre expérience. Mais, dans la mesure où la fiction n’implique aucun mouvement d’adhésion volontaire comparable à la croyance religieuse, sa force d’entraînement suscite très vite un soupçon de manipulation.
 
Dans le domaine de la fiction, cette relation clivée aux discours se ressent dans les esthétiques d’imagination ironique, posture dans laquelle l’œuvre invite le lecteur tout à la fois à jouer le jeu du récit et à en identifier le caractère conventionnel. Il n’y a pas d’opposition entre l’empathie émotionnelle et le désir de lucidité ironique qui sont les deux composantes de la culture moderne. Par sa nature, la fiction se nourrit de la capacitéanthropologique de tout individu à adhérer à la croyance, en même temps qu’elle en instruit le procès. C’est à analyser cette ambivalence féconde de la culture que le PHisTeM, dans le prolongement de son séminaire 2015 sur les « communautés littéraires », consacrera pendant les années 2016-2018 ses séminaires annuels. La démarche du PHisTeM se veut en effet résolument transversale, convoquant la littérature, l’anthropologie, la sociologie des médias et de la culture, l’histoire sociale.

Programme


 

Mis à jour le 18 novembre 2016